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Il
y a trois ans déjà, nous intervenions, au nom de l’A.E.A.R. et de la
revue Commune, auprès du maire de Paris pour que le nom de Robespierre,
scandaleusement absent de la capitale de la République, fût réinscrit
place et rue du Marché Saint-Honoré où il figura de 1946 à 1950.
Sinon, ajoutions-nous, en un autre lieu, bien que ce quartier Saint-Honoré
reste hautement symbolique, puisque là se trouvait le club des Jacobins.
Nos
lecteurs s’en souviennent : nous reçumes une sèche fin de
non-recevoir, s’appuyant d’étrange façon sur des contre-vérités
historiques et signée d’un collaborateur du maire. Alors, nous écrivîmes,
par l’intermédiaire des présidents de groupes, aux conseillers de
gauche qui, à l’exception de Georges Sarre approuvant notre démarche,
restèrent sourds à notre appel..
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Nous
reprîmes la plume, nous recommandant cette fois de deux grands spécialistes
dont les connaissances, la valeur et la droiture ne sauraient être
contestées, Albert Laponneraye pour le dix neuvième siècle, Albert
Mathiez pour le vingtième siècle. L’un et l’autre, rejetant des
accusations abusives et trop personnalisées, ont su redonner à
Robespierre sa vraie stature intellectuelle et morale. A cet égard, il
convient de mentionner aussi l’article très documenté de Claude
Mazauric dans le Dictionnaire de la Révolution française, publié par
les Presses universitaires de France.
Que
se passe-t-il donc dans la gauche parisienne de L’Hôtel de Ville qui,
visiblement, se tourne plus volontiers vers d’autres célébrations,
bien peu conformes cependant aux principes républicains et laïques. ?
Que faire ? Faut-il être pape ou « Dieu vivant »
pour recevoir les honneurs du maire de Paris ? Devons-nous présenter
un certificat de bonne conduite au nom de Robespierre Maximilien François
Isidore, licencié en droit, avocat, né à Arras de parents français le
6 mai 1758 ? Mais non, il ne fut pas irréprochable non plus,
Maximilien, il avait ses défauts et, comme d’autres, commit des
erreurs . Et après ? les nombreuses personnalités dont les noms
ornent les plaques des rues furent-elles toutes immaculées ?
Faut-il, et avec tel acharnement, accabler personnellement l’Incorruptible,
quand toute une nation lui demeure redevable, ainsi qu’à ses proches,
d’un renouveau décisif ? Terreur ou non, auraient-il dû, lui et
les siens, se dérober, donc trahir, devant ce qui fut, selon Mathiez, la
seule politique capable de sauver la République et la patrie ? Et
puis, l’on nous rendra cette justice : envers certains dont les
opinions et les choix appellent bien des réserves, nous nous abstenons,
de notre côté, de manifester une aussi puritaine intransigeance. Il est
trop confortable de s’ériger en juge que rien ne menace quand plus de
deux siècles se sont écoulés. L’immensité d’un tel événement en
explique aussi la complexité et sans doute ne fut-il pas toujours facile
de mesurer sa taille humaine à cette immensité-là, même quand on avait
contribué à la créer
Etablir,
dans l’entêtement et avec un dégoût précieux de notable, une sélection
qui vise à condamner Robespierre seul, voilà qui n’est plus tolérable.
Ces messieurs et dames qui sont nos élus se placent trop loin du peuple
dont Robespierre était si près. Leur délicatesse est pour les palais,
notre franchise pour la rue. Nous ne prenons pas de pincettes, il nous
suffit de savoir que de Sieyès à Babeuf, de Condorcet à Marat, les uns
et les autres ne visèrent pas les mêmes finalités révolutionnaires,
mais que tous firent LA Révolution, cette Révolution qui devait faire
dire à Kant, Goethe, Jaurès, Lénine, qu’elle représentait un
changement de civilisation pour le monde entier.
Pour
nous, les critiques que peuvent inspirer une attitude ou une autre ne
changent rien à l’héritage qui globalement nous est échu et que
n’enrichit pas peu, l’on en conviendra sans peine, la mémoire de
Robespierre.
C’est
dire que nous maintenons notre projet et d’autant plus que nous avons là
une démarche commune avec la Fédération nationale de la Libre Pensée
qui tint colloque fin juin 2009 au lycée Henri IV. L’A.E.A.R et la
revue Commune avaient été fraternellement invitées et furent, bien
entendu, représentées..
Les
participants au colloque adoptèrent à l’unanimité une motion portant,
l’on s’en doute, sur le sujet qui nous intéresse. La Libre Pensée
avait auparavant reçu de la municipalité parisienne une réponse
sensiblement de même teneur que celle qui nous avait été adressée trois ans plus tôt. Quelle
constance ! Enfin, le président de la Libre Pensée, Marc Blondel,
nous a fait savoir qu’il se disposait à demander audience à M. Delanoë.
Cela
fait donc plus d’un demi-siècle que le nom de Robespierre a été chassé
du paysage parisien. Bien de l’eau a coulé depuis sous les ponts de la
Seine à travers cette capitale dont il fut le député et où, par décision
officielle, il n’a toujours pas droit de cité.
Ce
droit, nous continuerons d’agir pour qu’il lui soit restitué.
Roger
Bordier
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