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Imaginez
que depuis l’au-delà de votre mort, vous regardiez votre assassin. Il
s’avance vers vous, l’air arrogant
et
satisfait, puis lâche ces mots dans votre direction :
- Excusez-moi, je vous ai tué par erreur !
En
vérité, il vous a tué du premier coup, mais comme il ne vous trouvait
pas assez mort, il vous a mortellement frappé encore onze fois. Vous
aviez beau être mort avec obstination, cela ne lui suffisait pas pour la
raison qu’il désirait, à travers vous, exterminer tous vos semblables.
Il
est dommage pour les bourreaux que leur victimes ne meurent qu’une seule
fois : ils les tueraient de mieux en mieux tant qu’ils les ont sous
la main. A défaut de ce raffinement, les bourreaux trouvent leur plaisir
dans la récidive et dans la quantité. Ainsi, depuis qu’il est privé
de son abattoir libanais, Monsieur Ehoud Olmert assassine chaque jour
quelques palestiniens. En fait, cet exercice de chasse à l’homme est un
sport qu’Israël pratique depuis longtemps, mais Monsieur Olmert l’a
renouvelé en rendant son permis continu. Et il doit se proposer de faire
mieux puisqu’il vient de nommer vice-premier ministre un certain Avigdor
Lieberman, qui souhaite nettoyer la Palestine de tous les Arabes.
Pas
de jours, depuis trois mois, sans que des femmes et des enfants
palestiniens ne figurent au tableau de chasse, mais les hommes y sont
assez rares. C’est qu’en Palestine, l’homme est moins commun que
l’activiste, lequel de toute évidence n’a rien d’humain et doit être
abattu. Qu’est-ce en effet qu’un « activiste » ?
C’est un résistant qui n’accepte pas d’être occupé, d’être
humilié, d’être affamé. Il a tort bien sûr de se révolter contre la
condition que veulent pour lui des Elus à tous égards ses supérieurs.
Et
puis, qu’on le sache une fois pour toutes, un mort est responsable de sa
mort : tout autre point de vue est bêtise et superstition. La chose
est d’ailleurs si évidente que pas un gouvernement occidental ne
condamne le sport israélien ni son garde-chasse en chef. Après tout, le
monde est accablé de misérables et en supprimer quelques-uns ne peut que
le soulager. De plus, cette suppression exige l’expérimentation
d’armes nouvelles, qui seront bénéfiques au marché du travail, tout
comme de méthodes nouvelles de surveillance et de démoralisation.
Les
opprimés sont coupables de l’être. La preuve : tous les media
occidentaux parlent du chaos palestinien, de la guerre civile entre
factions politiques rivales, d’une corruption endémique. Ils avaient
reconnu que le Hamas accédait au pouvoir d’une manière très démocratique,
mais un même mot d’ordre leur fait dire que le Hamas fait le malheur du
peuple qui a voté pour lui. Pourquoi ? Parce qu’il est incapable
de payer ses fonctionnaires et d’assurer le pain quotidien.
Pas
un de ces media n’explique que si le gouvernement palestinien n’a plus
un sou, c’est d’abord parce qu’Israël ne lui reverse pas sa part
des droits de douane (plus de cinq cents millions de dollars lui sont dus)
et tous trouvent normal que nos grandes démocraties aient suspendu leur
aide en décrétant que la victoire démocratique du Hamas était intolérable.
Il faudra bien qu’un jour ce peuple, qui parasite son propre territoire,
comprenne qu’il est de trop chez lui et que l’esclavage est plus désirable
que la résistance.
A
moins qu’Israël ne préfère disposer d’une réserve dont il contrôle
absolument les clôtures et qui, en connivence avec son Grand Allié, lui
sert à sélectionner les diverses variétés de gibier humain, de la
forte tête dont on fait des cibles, au pauvre indic qu’on achète pas
cher. Où trouver un meilleur endroit pour entraîner les troupes au mépris
de l’adversaire et des droits de l’homme ? Avouez qu’après
soixante ans d’exodes, de camps et de tueries, si les Palestiniens
s’entêtent à prétendre qu’ils sont les seuls habitants légitimes
de leur pays, c’est qu’Israël entretient chez eux cette illusion afin
d’exciter parmi ses citoyens une volonté de domination qui cimente leur
unité. L’Arabe de Palestine est un épouvantail pratique pour maintenir
Israël sur pied de guerre : sa chasse fournit un entraînement peu
coûteux et sans grand danger.
Il
n’y a pas une grande différence entre un bon chasseur et un bon tueur,
sauf que le premier est muni d’un permis qui légalise ses actes tandis
que le second peut toujours être désavoué par ceux-là même qui
l’incitent à tuer. Il serait dans l’intérêt d’Israël, dont l’économie
souffre de ses dépenses guerrières, d’organiser des battues
d’activistes avec dégâts collatéraux mis secrètement aux enchères.
Cela pourrait lui rapporter gros, le monde ne manquant pas de Républicains
et d’Evangélistes prêts à payer fort cher pour avoir le permis de
chasser au nom du Bien. |
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